Adieu Jérémie - Aventure

Adieu Jérémie

 

 

Antoine Favre apprend que le Valège, le voilier de son ami Jérémie, disparu en mer depuis six mois, a été retrouvé avec une inconnue à son bord. Enrôlé malgré lui par le mystérieux monsieur Nataniel pour enquêter sur cette femme, il se lance avant tout dans une quête personnelle, sur les traces de son meilleur ami.

C’est alors une aventure maritime sur le plus vaste océan du monde qui débute. Antoine, poursuivi par les sbires de monsieur Nataniel, épié par la redoutable Alice, embarque à bord du Valège pour dénouer les fils de cette intrigue. Comment Jérémie a-t-il pu disparaître ? Comment cette inconnue s’est-elle retrouvée à bord du Valège ? Pourquoi les services secrets s’intéressent-ils tant à cette affaire. La solidarité des gens de mers, les technologies modernes et la ténacité d’Antoine suffiront-elles face à des tueurs implacables ?

 

Publication : Août 2011

Extrait 

 

De son bureau, il vit entrer la vieille femme de son pas menu. Elle regardait les bateaux, posés sur leur ber. Il termina le dossier de vente sur lequel il travaillait, puis sortit à sa rencontre.

Elle ne semblait pas l’avoir vu, et détaillait des ses yeux encore vifs, les voiliers. Elle était perdue dans ses pensées, dans ses rêves, mais elle passait, de bateau en bateau.

 — Bonjour madame, je peux vous aider ?

— Bonjour jeune homme, fit-elle de sa voix douce. Vos bateaux sont à vendre ?

— Oui. Vous cherchez quelque chose de précis ?

Elle ne répondit pas, continuait son chemin à travers les coques bien rangées.

 — Vous avez là de bien jolis bateaux.

— Oui, c’est sur ! Ils sont récents, garantis encore deux ans ! Que des bons marins, vous pouvez me faire confiance.

— Je n’en doute pas. Avez-vous des voiliers plus anciens, vous savez, je ne suis pas riche…

 Un peu surpris, il acquiesça, et l’emmena de l’autre côté du bâtiment, ou des modèles plus anciens attendaient eux aussi de trouver un propriétaire.

 Après quelques instants, il surprit la vieille femme regarder un voilier, un peu à l’écart, visiblement abandonné depuis longtemps. De son pas tranquille mais sur, elle se dirigea vers le bateau.

 — Et lui, il est à vendre ?

 Etonné, il répondit.

— Oui. Mais ce n’est pas un modèle récent vous savez. Il n’a pas navigué depuis longtemps ! Tout est à refaire.

— C’est un beau voilier.

— Après plusieurs jours de travail il sera présentable.

 Elle tournait autour de la coque, sale, elle la frôlait de sa main fripée.

 — Pourquoi est-il dans cet état ?

— Personne ne veut s’en occuper.

— Quel malheur, c’est triste. Et pourquoi donc ?

— On dit qu’il est maudit.

 Elle posa sur lui un drôle de regard qui le fit frissonner. Du haut de son mètre quatre vingt dix et près de cent kilos, le voilà qu’il frissonnait devant une vieille femme, menue !

 — Un gaillard comme vous, vous croyez à ce genre de chose ?

— Beaucoup d’histoires circulent sur ce voilier. Personne n’ose même dire son nom !

— Allons, allons, soyons sérieux ! Les marins sont des gens curieux parfois, si courageux pour aller sur ces mers terribles, les voilà qui tremblent à la moindre histoire.

— On raconte qu’il porte malheur à ses équipages, car il revient toujours sans. Il part avec un équipage, disparaît et revient vide.

 Elle sourit, d’un sourire doux. Elle posa la main sur la tôle froide et ferma les yeux.

— Non, non, c’est un bon bateau, il me le dit.

— En tout cas, personne ne veut l’acheter ! Ni même l’entretenir.

— Connaissez-vous ces histoires ?

 Il hésitait. Pourquoi, alors qu’il avait tant de bateaux superbes, propres, entretenus, elle s’intéressait justement à CE bateau.

 — Oui.

— Et bien, vous allez me la racontez, cela m’intéresse !

— Mais …

— Il n’y a pas de mais, jeune homme ! Avant d’acheter quelque chose, j’aime connaître son histoire, surtout quand elle est maléfique. Allez chercher une échelle !

 — Pardon ? Vous voulez monter ?

— Bien sûr ! Et vous allez me raconter à l’intérieur.

 Avant qu’il ait pu répondre, elle posa sa main fine et fragile sur son bras musclé, et lui adressa un sourire d’une douceur infinie.

 Il avait la gorge serrée en posant le pied sur le pont, que personne n’avait foulé depuis des années. Lui-même, quand il avait repris cette affaire, il n’avait pas osé déplacer ce bateau, qui était déjà là. C’est la première fois depuis les dix ans qu’il possédait le chantier qu’il allait entrer dans le voilier.

 Il aida la vieille femme à monter. En silence, comme s’ils pénétraient dans un caveau, ils entraient dans le carré, humide, mais sain malgré tout, las aérateurs n’ayant jamais été fermés, l’air circulait librement.

 — Racontez-moi.

Elle s’était assise sur une banquette, adossée à la cloison de la cabine avant. Il ne distinguait presque plus son visage, maintenant dans la pénombre.

© Guy Pasquet

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site