Prendre le temps

Prendre le temps.

Dans ce monde pressé, dans lequel il faut courir pour être bien vu, dans cette vie qui ressemble plus à course folle, j’ai envie de m’arrêter.

Courir, courir, c’est devenu une habitude, pire, une mode. Il faut se lever tôt, être le premier, le premier…

Le premier au boulot, le premier au concours, le premier  partout. Dès le plus jeune âge, nous entraînons nos enfants à cette compétition sans vainqueur, cette compétition dans laquelle tout le monde est perdant, cette compétition inutile, car vide de sens.

 Il faut être le premier en classe, le premier au bac, le premier aux cent mètres, le premier au concours de dessin.

Et la course folle commence, alors qu’ils savent à peine marcher.

Et il faut tellement courir, que l’on nous assène tous les jours qu’il faut aussi courir pour être en forme.

Alors, l’homme s’est mis à courir dans la rue, dans les bois, partout. Après avoir fait son jogging du matin, on court sous la douche, puis on court dans les transports pour courir dans son bureau, aux réunions, courir chercher les enfants à l’école, courir faire les courses, courir, courir… Courir même pour aller faire l’amour !

Et un jour, à quarante ans, à cinquante ans, les premières rides sont là. Mais la course reprend de plus belle, et on court alors après ses vingt ans, que l’on a laissé au bord de la route, un jour, quand on a couru trop vite…

La course s’empire chaque jour, car les enfants de nos enfants courent eux aussi, et nous ne voulons pas les regarder courir, et la course continue sans fin, sans fin…

Et puis, vient l’aube du dernier jour, qui vient toujours trop vite, car la vie a passé si vite…. C’est le seul moment, miraculeux, où notre voix s’entend prononcer ces mots « Laissez-moi encore un peu de temps », le seul jour où on ne veut plus être le premier, le seul jour où la compétition est oubliée, où on laisse les autres passer devant.

Nous avons couru trop vite, et malgré l’espérance de vie qui augmente, nous vivons moins longtemps, car courir ne fait qu’accélérer les jours.

Laissez-moi du temps…. Et pourquoi donc, quand nous l’avons gaspillé, perdu, jeté aux quatre vents de notre folie, au lieu de le prendre, prendre du temps à regarder pousser une fleur.

Prendre le temps de regarder le lever du soleil et son coucher, prendre le temps de s’asseoir et d’admirer.

Prendre le temps de compter les secondes et les minutes, prendre le temps de vivre, de savoir apprécier ces précieuses heures qui nous sont si chichement données.

Prendre le temps de savoir que soixante minutes font une heure, au lieu de remplir ces heures de milliers de choses, parce que… c’est la mode, tout simplement.

Prendre le temps tout simplement, de…. Prendre son temps.

Guy Pasquet - 2011 

 

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