Sur le chemin

C’était sur le chemin, le chemin du printemps.

Mars s’en allait, emmenant avec lui les froidures de l’hiver. Avril arrivait, avec ses pluies bienfaitrices, et ses dernières gelées. Sous la terre encore déserte, nous nous sommes rencontrés, un peu par hasard, un peu par volonté. Les premiers rayons d’un soleil encore pâle ont chauffé nos cœurs, doucement, par traîtrise, et nos âmes encore engourdies par la neige précédente n’ont rien vu.

Je t’ai vu éclore en une fleur de printemps, ces fleurs si précoces, si tendres et si fragiles, aux couleurs pastels d’une douceur infinie, j’ai grandi près de toi, et nos tiges parfois loin, parfois si proches, n’ont pas vu nos racines qui elles s’enlaçaient.

Avril est parti, mai est arrivé.

Le blanc n’est plus venu, n’a plus recouvert les champs, un autre blanc est venu, sur des arbres fruitiers, d’autres rouges ou roses, de couleurs éclatantes. La vie était partout.

Je t’ai vu éclore en fleur odorante, libérant ses arômes, ses couleurs chatoyantes, nos âmes baissaient les bras, et nous ne résistions plus. Ton parfum enivrant exultait sous la chaleur de juin. Les fruits étaient mûrs, et nous mordions à pleines dents dans leur chair sucrée et juteuse, et ton rire, ton sourire étaient le soleil de mes jours.

 

C’était sur le chemin, le chemin de l’été.

Nous amour était rayonnant, comme la nature était riche, riche de vert, riche de fleurs. Sous la chaleur de juillet, sous le ciel bleu est limpide, le monde était à nous, la vie était nous.

Tant de fruits existaient encore, tant de fruits que nous croquions à plaisir, a foison, sans penser au lendemain.

Les fleurs étaient belles, et leurs couleurs égayaient les jardins.

Le sable était chaud comme ton corps, et les vagues tranquilles venaient mourir à nos pieds.

Les nuits étaient douces comme ta peau, qui avait le parfum de l’été, sucré des fleurs, salé de la mer qui exaltait nos sens.

Juillet s’en est allé.

Des orages ont grondé, des éclairs ont zébré le ciel, et la foudre est tombée. De nombreux jours éclatants ont brillé, mais nous n’avions pas vu les premiers fruits tombés, les premières fleurs fanées.

Mais nous n’avions pas vu qu’il s’était installé, sans un mot, discret.

 

C’était sur le chemin, le chemin de l’automne.

Il n’y a plus de fleurs, ou si peu. Les arbres changent de couleurs, les rouges, les oranges, les jaunes explosent, illuminant notre forêt encore pleine d’espoir.

Ce sont les vendanges, le raisin est mûr, en grappes épaisses et généreuses. Les grains sont encore bien gros, juteux, sucrés et nous en profitons, nous dévorons à pleines dents ces derniers fruits remplis de soleil.

Mais il pleut de plus en plus souvent, et de nombreux orages éclatent encore, inondant nos cœurs et nos âmes.

Nous ne l’avions toujours pas vu, et pourtant, il était là, s’approchant de nous sournoisement.

Nous ne l’avions pas, sûrs de notre amour

 

C’était sur le chemin, le chemin de l’hiver.

Il est venu, il nous a frappé par derrière. Le faucheur de l’Amour. C’est la saison, nous a-t-il dit. Je viens récolter ce que j’ai semé.

Les feuilles sont tombées en ce mois d’octobre, et je t’ai vu blessée, tomber à mes côtés. Nous n’avons rien pu faire, le vent s’est levé, t’emportant avec lui.

Tu m’as tendu les bras, tu as crié et hurlé.

Je t’ai tendu les bras, j’ai crié et hurlé.

La tempête était plus forte, le bruit du vent à emporté nos cris, nos paroles d’amour, tu ne m’as pas entendu, je ne t’ai pas entendu.

Novembre est ses bourrasques violentes nous ont séparés, et je t’ai vu disparaître loin de moi, dans la tourmente de décembre.

Décembre, décembre qui a transformé nos pleurs et nos larmes en une neige dense.

Je suis seul dans le froid et la tourmente.

 

© Guy Pasquet, 2011

 

 

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